De la Pointe Rouge à Callelongue, et tout le long de nos magnifiques Calanques, un grand nombre de sites industriels abandonnés et de dépôts de scories toxiques (crassiers) menacent la santé des habitants et des visiteurs. Notre Association travaille pour obliger l’État et ceux qui ont profité pendant des décennies des revenus générés par les activités polluantes à prendre des mesures concrètes pour protégér la santé des riverains.
Cartes de la concentration de plomb et d’arsenic dans les sols du Littoral Sud (Source: Agence Nationale de la Recherche – étude « Les calanques industrielles de Marseille et leurs pollutions« )
Qu’est ce qu’un site pollué ?
« Un site pollué est un site qui, du fait d’anciens dépôts de déchets ou d’infiltrations de substances dangereuses, présente une pollution susceptible de provoquer une nuisance ou un risque pérenne pour les personnes ou l’environnement. De par l’origine industrielle de la pollution, la législation relative aux installations classées est la réglementation la plus souvent utilisée pour traiter les questions soulevées par ces sites. »
(source: ministère de l’environnement)
Vidéo qui illustre le travail de l’ecologue Lorène Tosini sur la pollution dans les Calanques de Marseille.
Les usines ayant fonctionné sur le littoral entre Montredon et Callelongue (avec dates d’activités):
- Usine de soude de Saména (1810-1887)
- Usine de soude des Goudes (1825-1856)
- Usine de soude de Callelongue (1849-1884)
- Usine à plomb de l’Escalette (1851-1924)
- Usine à plomb des Goudes (1854-1877)
- Usine de raffinage de soufre des Goudes (1856-1882)
- Usine à plomb (avec soude), puis d’acide tartrique de Legré Mante (1873-2009)
- Verrerie de la Madrague de Montredon (1884-1934)
La création du Parc national des Calanques a permis aux propriétaires de ces usines, ayant profité des revenus générés par les activités industrielles pendant des décennies, de céder gratuitement leurs sites pollués à la collectivité sans devoir les dépolluer. Ces sites hautement pollués se trouvent aujourd’hui en bonne partie sur le territoire du Parc national des Calanques, qui est visité par des millions de Marseillais et touristes tous les ans (infos sur la pollution sur le site web du Parc national). Certaines de ces friches désaffectées sont aussi convoitées par les promoteurs immobiliers.
Les initiatives de l’ASLS ont contribué à produire les premiers résultats concrets: en 2024 un projet de mise en sécurité de 20 décharges de matériaux polluants situés entre la Calanque de Saména et Callelongue a été annoncé. L’ASLS siège dans le comité de suivi de ces travaux. Cliquez ici pour visiter la page dédiée aux travaux de dépollution sur le site ADEME.
La dépollution du site Legré Mante devra être menée à terme avant octobre 2025 indépendamment de tout projet immobilier. Les travaux de dépollution seront à la charge de Ginkgo, le fond d’investissement propriétaire du site qui avait lancé un projet de réhabilitation dont les permis ont été annulés en 2024 suite aux recours de trois associations, parmi lesquelles l’ASLS.
Les 20 décharges de déchets industriels qui seront mises en sécurité par la Prefecture d’ici 2028 (le site Legré Mante n’est pas concerné par ces travaux).
Source: ADEME
Publications à propos de la pollution dans le Littoral Sud
Présentation sur la dépollution des Calanques à la réunion publique du 8 juin 2026
Lettre d’information de l’association – mai 2026
FranceInfo. « On a retrouvé les infractuosités de la roche » : une partie des calanques a été dépolluée après huit mois de travaux
Libération: A Marseille, la dépollution des Calanques, un projet d’envergure qui montre le bon chemin
Lancée l’an dernier par l’Etat et l’Ademe, la mise en sécurité de quatre anciens sites industriels pollués dans le parc national, parmi une vingtaine d’autres concernés par les travaux s’achève. Deux options ont été appliquées, l’évacuation ou le confinement des dépôts de déchets et autres métaux lourds.
Chantier de dépollution sur la route des goudes aux portes du parc national des Calanques, Marseille le 6 mai 2026.
Par Stéphanie Harounyan correspondante à Marseille
Publié le 07/05/2026 à 7h30
La plage de Samena a les pieds dans l’eau turquoise des calanques marseillaises. Au-dessus de la petite anse creusée dans la roche calcaire, des murs de béton flambant neuf, certains pas encore intégralement habillés de leur revêtement en pierres «à l’ancienne», soutiennent des restanques pour l’heure recouvertes de bâches, signe que les travaux ne sont pas tout à fait terminés. Si la phase «décor» reste à peaufiner, la mise en sécurité du site, elle, est achevée, applaudissent les services de l’Etat, qui conviaient la presse ce mercredi 6 mai à une visite du chantier.
Lancé le 1er septembre 2025, ce projet d’envergure, mené par l’Etat et son maître d’ouvrage délégué, l’Ademe, l’Agence de la transition écologique, a pour ambition de dépolluer, ou plutôt de mettre en sécurité, près d’une vingtaine de sites pollués parmi les quelque 80 recensés au sein du parc national des calanques où, au siècle dernier, poussaient les usines recrachant leurs métaux lourds dans le territoire. Leur activité a cessé depuis longtemps mais les déchets, chargés en plomb et arsenic, empoisonnent toujours la terre et les végétaux, voire les eaux lorsque la pluie ravine les sols. Si le problème est connu de longue date, pointé dès 2005 par un rapport de l’Institut national de veille sanitaire (devenu depuis Santé publique France), il aura fallu attendre décembre 2023 pour que le plan des travaux soit enfin présenté, et une décision de justice un an plus tard pour rappeler à l’Etat ses obligations en la matière.
Evacuation et confinement des déchets
Après sept mois de travaux, c’est donc la fin de la première phase du chantier qui se concentrait sur sept dépôts répartis sur quatre sites, entre Samena et les Goudes, le long du littoral pas encore envahi par les visiteurs en ce début mai. Pour traiter les sites pollués, deux options ont été appliquées : l’évacuation des dépôts, transférés vers un site de traitement dans le Gard, ou le confinement de la zone polluée, le tout assorti de finitions paysagères d’autant plus soignées que l’on se trouve dans un site protégé.
Pendant les travaux, la qualité de l’air a été surveillée afin de s’assurer de l’absence d’impact sanitaire sur les riverains. (Patrick GHERDOUSSI/Divergence pour Libération)
A Samena, par exemple, «le gros des travaux a été de constituer des restanques avec la pose de murs en béton», détaille Mélody Gros, cheffe de projet pour l’Ademe. Derrière ces murs, le talus de scories a été confiné avec plusieurs couches hermétiques de géomembrane qui seront ensuite couvertes d’un éboulis calcaire pour mieux se fondre dans le décor. Plus bas, sur la plage, il a fallu enlever jusqu’à 50 centimètres de profondeur pour éliminer les scories. Les dépôts à évacuer se sont avérés plus importants que prévu : 3 500 tonnes contre 2 500 estimées au départ. Des complications, couplées à une météo exécrable en février, qui ont entraîné un mois de retard sur le chantier, finalement achevé fin avril. Un retard minime au vu de la complexité des opérations, relativise la préfecture, assurant que les surcoûts générés n’ont pas grevé les 14,9 millions d’euros de budget prévus pour l’opération globale. La somme comprend également la sécurisation du chantier, notamment la surveillance de la qualité de l’air durant les travaux, afin de s’assurer de l’absence d’impact sanitaire sur les riverains.
80 sites recensés
La mise en sécurité des sites étant bouclée dans les temps, les travaux de finition reprendront en septembre – le chantier doit s’interrompre durant l’été pour des enjeux de protection des espèces. C’est aussi à ce moment que démarreront les travaux de la phase 2, qui concernera une zone allant des Goudes à Callelongue. Là, ce sont 6 000 tonnes de scories qui doivent être évacuées sur neuf zones. Pour préparer cette seconde phase, la préfecture prévoit d’organiser une réunion d’information avec les habitants et les professionnels du territoire avant l’été. De quoi rassurer Roland Dadena, voisin des calanques et surtout membre actif de l’association Santé Littoral Sud , qui ferraille sur le dossier de la dépollution depuis des années. «Sur le déroulé du chantier, on a été agréablement surpris par la forme poussée de concertation», souligne-t-il, tout aussi satisfait du déroulement des travaux : «Ce qui était primordial, c’est qu’ils ont respecté la réglementation. Ils ont mis le temps, mais ils sont allés au bout de la démarche.»
En noir, des traces de scories, des déchets à forte teneur en plomb et en arsenic, dans les Calanques, à Marseille, en mai 2026. (Patrick GHERDOUSSI/Divergence pour Libération)
Restent, tout de même, quelques inconnues pour ternir cette entente retrouvée : si l’Etat prend en charge une vingtaine de sites sur les quelque 80 recensés, quid du traitement des autres ? Et surtout, qu’en est-il des sites privés de la zone, notamment l’ancienne usine tartrique Legré-Mante, fermée en 2009 ? Le site, racheté pour y implanter un projet immobilier, est en effet concerné par la décision de justice de décembre 2024 : le tribunal administratif a condamné l’Etat pour ses carences fautives et lui a enjoint de procéder, dans un délai de dix mois, à la «mise en sécurité» de la friche et du «crassier» de l’ancienne usine chimique et, parallèlement, à «imposer des prescriptions nécessaires à la dépollution du site» par son propriétaire, le fonds d’investissement suisse Ginkgo. Faute de quoi il devra «prendre des mesures pour les faire respecter», insiste le tribunal. Pour une dépollution complète du territoire, il va donc falloir attendre encore un peu.


